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Fractales
(Extrait)

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Sur une échelle de temps suffisamment longue, toute action – c’est ce qui effraie le plus – trouve un jour ou l’autre justification auprès d’un quelconque : la raison l’emporte toujours sur le temps. Si les contemporains ne justifient pas une action, l’Histoire s’en chargera. S’ils acceptent l’événement, Elle le dénoncera bien tôt ou tard. Nous l’allons montrer tout à l’heure eut dit le fabuleux fabuliste.

Par exemple, chez Corneille, Horace a tué sa sœur Camille par raison d’État, un fratricide qui avait peut-être sa raison d’être au dix-septième siècle sous la gouverne de Richelieu, mais certes pas aujourd’hui, où les considérations personnelles prennent souvent le pas sur les raisons sociales – quelles qu’elles soient. À l’inverse, les héros d’Hubert Aquin – et probablement Aquin lui-même − justifient leur suicide par le désir d’accomplir un acte libre; ce sont là des suicides philosophiques qui ne sont pour le moment ni compris ni acceptés.

Mais qu’est-ce qu’un roman, sinon une série d’actions, d’événements justifiables ou non, mais également véridiques ou non. (D’ailleurs, qu’est-ce que la vérité ? Nous y reviendrons plus tard…)

Peut-être est-ce seulement la conviction intime, la pensée personnelle, bref tout ce qui fait de chacun d’entre nous un être unique, qui expliquent ces divergences d’opinion. Mais peut-être y a-t-il autre chose au-dessus de tout cela, justifiant – ou non – à notre insu nos actions. Peut-être une puissance autre, changeant notre perception des événements passés, modifie les souvenirs que l’on garde enfouis en nous. Jusqu’à quel point d’ailleurs êtes-vous certains que vos souvenirs sont fidèles à la vérité ? Souvent, sans même en avoir conscience, cette dernière peut être transformée afin de s’accorder à notre bon vouloir, à nos fantasmes, à nos plans futurs. Tant qu’il ne s’agit que de souvenirs, cela a peu de conséquences, mais il existe un dangereux glissement vers le réel.

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