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Les Deux Monstres
(Extraits)

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L’était un vieil homme qui flânait régulièrement au bar « Le Vieux Village » de Boucherville. Il était toujours vêtu de la même façon : un jeans bleu et une chemise de bûcheron carottée noire et rouge. Il empestait un mélange d’urine, de sueur et de fond de bouteilles. Les enfants en avaient peur. Les femmes l’avaient en horreur. Mais la plupart des hommes s’en amusaient plutôt, lui offrant souvent à boire au bar pour l’entendre déblatérer des insanités. Cet homme était connu sous le nom de Beau-Blanc.

Peu de temps avant qu’on ne démolisse le bar « Le Vieux Village », un homme s’y était attablé afin d’entendre ce que le fou du village avait à dire. Sans alcool. Il voulait savoir quelle était donc l’histoire se cachant derrière cet être si marginal. Et vous savez quoi ? Il ne fut pas déçu par ce qu’il entendit.

(…)

Le téléphone venait de sonner. Il était tard le soir — ou tôt le matin, selon votre propre échelle. Quatre heures et demi du matin. Le Monstre 1 y répondit, la voix rauque et enrouillée, lui qui était encore chez Morphée quelques secondes auparavant.

— Papa ?

La personne au bout du fil avait demandé d’une voix à l’exact centre entre de l’inquiétude et de l’appréhension.

— Ma chouette, c’est toi ?

Maintenant, Le Monstre 1 était totalement réveillé.

— Je capote, p’pa.

— Mais où est-tu ?

— Sais-tu, je le sais même pas.

(…)

Et c’est l’esprit embrumé et encore préoccupé qu’il avait lorsqu’il sentit la voiture heurter un truc. Sortant de sa rêverie, il demanda à sa fille :

         — C’était quoi, ça ?

         — Je sais pas, lui répondit-elle. J’étais sur mon cell.

         Dans le rétroviseur, il vit un homme agenouillé auprès d’une masse informe et méconnaissable. Si méconnaissable, en fait, que sa fille lui dit même :

         — C’est OK, p’pa. Un bonhomme s’occupe du chien qu’on a dû frapper. C’est cool, on peut continuer notre route.

         Mais le monstre 1 ne semblait pas aussi convaincu que sa fille, si bien qu’il décida de se ranger sur le bas-côté de la route.

         C’est en sortant de voiture qu’il saisit l’empileur de l’horreur. L’homme criait et pleurait en même temps. Il hurlait, geignait et implorait le Tout-Puissant tout à la fois. Après s’en être suffisamment approché, le monstre 1 constata l’inconcevable : il n’avait pas frappé un chien, mais la petite fille de cet homme.

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