Tome I : Charlot et la Pierre de la Sagesse
(Extraits)

Merlin vivait seul au milieu de la forêt. Il était d’un âge fort respectable.
Si respectable, que les méchantes langues de la Seigneurie des Deux-Ruisseaux disaient de lui qu’il était l’homme le plus vieux du Royaume. Mais qu’importe ! L’important, pour Charlot, était que cet homme était sage et digne de confiance, même si tous le prenaient pour un fou. Le fait est qu’il était toujours seul, enfermé chez lui à fabriquer toutes sortes de potions diverses. Parfois, la nuit, on voyait même des lueurs verdâtres, bleuâtres ou jaunâtres monter au-dessus de la forêt. On savait alors que Merlin était à réaliser ses potions.
(…)
- Monsieur… Nous voulons vous demander ce que c’est que ça…, dit Charlot en sortant la pierre de sa poche.
Le vieil homme ouvrit grand les yeux, comme s’il n’y croyait guère. Il prit la pierre dans ses mains, puis la tourna et retourna dans tous les sens. Enfin, il jeta les yeux sur Charlot et lui demanda, d’une voix un peu sévère:
- Où avez-vous pris cela ?
- On l’a trouvée, répondit Marco, à l’orée du bois. On s’est ensuite caché et puis on a vu le comte Deguire et son serviteur qui la cherchaient. Ils disaient qu’ils voulaient ensuite aller la porter au sorcier Gulubre, mais on sait pas pourquoi. Qu’est-ce que c’est, au juste, monsieur Merlin ?
- Cette pierre que vous avez tous deux trouvée est la Pierre de la Sagesse. C’est elle qui renferme toute la connaissance, tout le savoir et tout le bon jugement de l’humanité depuis la nuit des temps. Grand est le pouvoir de qui la possède. C’est pour cette raison qu’elle est gardée à l’écart de tout contact humain, puisque l’homme, par sa nature corrompue, pourrait trop facilement se laisser tenter par elle. Et voilà pourquoi elle est gardée par la Fée des Marées, qui vit près de la mer Étendue. Mais il y a quelques jours, elle a été volée. On n’a pas pu voir clairement le voleur, mais plusieurs croient qu’il s’agit de Difèle, le serviteur du comte Deguire. Quoi qu’il en soit, le voleur a certainement perdu cette pierre là où vous l’avez trouvée…